Congrès du MRC : intervention de JF. Delahais
L'industrie française est malade, elle est en chute libre. C’est le résultat de trop d'années de laisser faire et d’abandon que le MRC et particulièrement Jean-Pierre Chevènement n’ont cessé de dénoncer depuis bien longtemps, soutenant qu’il n'y a pas de politique sociale possible sans une base industrielle pour la porter.
Confrontées à une concurrence mondiale impitoyable et à une monnaie surévaluée de nombreuses entreprises ont fermé, délocalisé ou en tous cas réduit la voilure. En témoigne les pertes de part de marché qui ont eu pour conséquence la faible croissance, l'augmentation du chômage et le déficit commercial. Des pans entiers de notre industrie ont périclité. Sur l’année écoulée 25 000 emplois ont encore été perdus dans l’industrie, sans compter ceux qui sont comptabilisés dans l’intérim. La part de notre industrie dans la valeur ajoutée n’est plus que de 10 % alors qu’elle était de près de 17 % il y a 20 ans. Cette chute vers l’abîme se poursuit actuellement. La production manufacturière des trois derniers mois de 2012 est en repli de 2,3 % par rapport aux trois mêmes mois de l’année 2011. Le rapport, remis récemment par Louis Gallois au Premier ministre, fait une analyse aussi pertinente qu'indiscutable de la situation de l'industrie française.
Pour le patronat la chose est entendue, le manque de compétitivité est due à la lourdeur des charges et particulièrement au coût du travail sans d'ailleurs qu'il ne s'interroge jamais sur le coût du capital. Cette antienne reprise en permanence par la plupart des médias est devenu un lieu commun qui empêche de cerner clairement nos véritables problèmes et par conséquent de choisir les bonnes mesures pour y remédier.
Le rapport Gallois fait le constat que les industries françaises ont été contraintes de rogner leurs marges qui ont baissé de 30 % à 21 % sur la période 2000 - 2011, limitant ainsi leur capacité d’investissement et d’innovation. Par contre pour l'ensemble des branches, la situation est tout à fait différente puisque la marge se maintient à 30 % ou plus depuis 2000. Ainsi, les branches qui ne sont pas confrontées à la concurrence des pays émergents ou de l'Europe centrale ont réalisé des marges plus que confortables pendant que celle du cœur de notre industrie s'effondrait
La réponse que tente de donner le gouvernement avec le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi, le CICE, peut à court terme, enrayer la désindustrialisation à condition de le cibler principalement sur les industries manufacturières et les activités qui concourent à l'innovation. Il doit être conditionné à un accroissement correspondant de leurs investissements productifs ou à des dispositions destinées à améliorer leur compétitivité prix.
Je constate que toutes les entreprises privées vont bénéficier de ce crédit d’impôt et seulement 4 milliards d’euros sur les 20 seront attribués aux industries manufacturières ce qui portera leur marge à 23 % sur la base de 2010. C’est manifestement trop peu pour changer véritablement la donne. Pour que leur marge atteigne 30 % il faudrait leur attribuer 17 milliards d'euros et environ 10 milliards d'euros pour atteindre une marge de 26 %.
Ce sera par conséquent peu efficace et je trouve qu’il est particulièrement choquant de créer ainsi un effet d'aubaine pour les entreprises des branches qui ont déjà des marges confortables, alors que tous les Français vont être appelés, d'une façon ou d'une autre, à l'effort qui financera cette réduction d'impôt. Cela ne me semble pas le meilleur moyen de mobiliser les Français sur l’objectif de redressement industriel qui doit être une priorité.
De toute manière, même si elle est mieux ciblée, cette mesure ne peut être qu'un palliatif à court terme. A moyen terme si l'on veut véritablement engager la réindustrialisation de la France et de nombreux pays de l'Union européenne il faudra, pour atteindre ce but, une monnaie qui ne soit pas surévaluée de 30 % ou plus et il faudra aussi mettre en place un protectionnisme intelligent, c'est à dire des droits de douane ou des montants compensatoires suivant les cas et des subventions à l'exportation ciblés sur les objectifs d’une politique industrielle ; elle même définie dans toutes ses dimensions, notamment ses volets investissements, innovation et recherche.
Nous le disons et le répétons depuis 20 ans : l’euro n’est pas viable. Ou il sera transformé en monnaie commune ou, tôt ou tard, il explosera.
A chaque sommet européen de la dernière chance les dirigeants européens décident d’expédients pour sauver l’euro. Ils ne font qu’acheter du temps payé très cher par les souffrances d’un grand nombre de citoyens des pays de l’Europe, au risque toujours plus grand d’un éclatement dont certains pays auront le plus grand mal à se relever.
L’instauration de l’euro et les disciplines aberrantes qui l’ont accompagné ont imposé de nombreux sacrifices aux peuples. Nous ne voulons pas qu'il leur en soit infligé d’autres qui pourraient être aussi durs. C’est pour cela que nous plaidons pour une sortie coordonnée de la monnaie unique. Mais je ne suis pas très optimiste sur nos chances d’être entendus. Pour essayer de maintenir cette monnaie unique contre vents et marées, Il y a ceux qui y trouvent leur intérêt, ceux qui ne veulent pas se déjuger et ceux qui ont la foi du charbonnier.
Ces croyants sont convaincus que ce qui se fait au nom de l’Europe ne peut être que des bonnes choses. Ce n’est manifestement pas le cas aujourd’hui mais pour eux ce le sera sûrement demain ou peut être après-demain.
Pourtant la crise n'est pas douce pour tout le monde !